Scanners de David Cronenberg

J'ai revu Scanners de David Cronenberg, et quelques éléments m'ont surpris dans ce film que je croyais connaître par coeur.

Lack

Tout d'abord j'avais oublié que l'acteur principal, Steven Lack, était aussi inexpressif et robotique.

Ok son personnage est “à peine humain” mais tout de même, il pourrait jouer ça, au lieu de ne pas jouer du tout.

Steven Lack

Mais même quand il joue, c'est pathétique. Voir les scènes de spasmes ou les joutes avec les autres scanners.

Ou les scènes où il donne la réplique à Patrick McGoohan, toujours impérial.

Patrick McGoohan

Quel contraste avec la qualité de jeu de ce grand acteur !

Faux raccords

Il y a beaucoup de faux raccords, de petites erreurs de montage, d'amorces bricolées… j'avais oublié que ce devait être un tout petit budget et que les techniciens n'étaient peut-être pas très expérimentés.

Ca n'empêche rien au plaisir mais de ce côté-là, le bluray ça ne pardonne pas.

FX

Les effets spéciaux sont très inégaux.

J'ai peut-être vu ce film vingt fois dans ma jeunesse et ça ne m'avait pas trop gêné.

Peut-être que des années de visionnage de films ultra-numériques où plus un seul cable ne traîne a gâché notre indulgence naturelle.

Les moins réussis sont les effets mécaniques, les cascades, les scènes d'action.

Le plus réussi -et même franchement impressionant- sont les joutes entre scanners.

Surtout la fin… oh cette fin !!! Ca vaut le coup rien que pour les quelques secondes dans le bureau avec Michael Ironside. Epique !

Et bien évidemment le célèbre type dont le mal de crâne empire un peu trop vite…

J'ai un peu mal au crâne...

Scénario

L'idée de départ est extraordinaire, et a d'ailleurs inspiré d'innombrables films.

Il y a tout de même un gros souci avec la deuxième partie, l'interfaçage homme/machine.

On voit bien que Cronenberg voulait être post-moderne, et il était certainement visionnaire, mais techniquement c'est trop léger.

Non pas que ce soit idiot, juste que les justifications et explications données par les personnages sont inutiles et même assez faibles, le film aurait gagné à laisser planer le mystère à ce sujet, je trouve.

Inspiration

D'ailleurs, en parlant d'inspiration, j'avais oublié aussi que Scanners fait partie des très nombreux films dans lesquels les Wachowsky avaient piqué des plans pour Matrix.

La scène où Vale est dans la cabine téléphonique, y compris certains inserts… c'est flagrant.

Ceci dit je ne considère pas ça comme du pompage, ici, plus de l'hommage de leur part, ça reste assez subtil, contrairement à ce qu'ils ont volé à Dark City par exemple.

Et pourtant…

Et pourtant, malgré ces défauts et beaucoup d'autres, ce film est juste formidable !

L'ambiance, l'atmosphère, c'est très typé et contient la base du style que Cronenberg développera plus tard.

On se laisse embarquer dans cette histoire invraisemblable de télépathes violents manipulés par des entreprises biotech comme si tout allait de soi.

La musique d'Howard Shore est très agressive et pourrait entraver le récit par son omniprésence, mais ses dissonnances sont un support très efficace à la plupart des séquences fortes du film.

Comme toujours, Cronenberg a le sens du plan, du bon angle, de la progression du récit, qu'elle soit elliptique ou diluée.

Parfois maladroit mais inoubliable, c'est Scanners : merci David !

Auteur: Eric Dejonckheere